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Recherche agricole à Madagascar : un diagnostic lucide pour mieux avancer ensemble

Photo de famille des participants à l’atelier. (Crédit : AfricaRice)
Photo de famille des participants à l’atelier. (Crédit : AfricaRice)

Et si l’on donne à la recherche agricole les moyens pour passer à la vitesse supérieure pour une véritable sécurité alimentaire à Madagascar ?


C’est la question centrale qui a animé l’atelier de restitution du diagnostic institutionnel des centres de recherche agricole et institutions nationales, organisé en décembre 2025 à Antananarivo.

À cette occasion les parties prenantes se sont réunis autour d’un objectif commun de transformer et améliorer la résilience des systèmes alimentaires à Madagascar : « une compréhension commune des forces et des défis de la recherche agricole malgache afin d’aligner les orientations stratégiques et d’adapter les réponses aux réalités et priorités du pays ». Ainsi, les chercheurs, les représentants des ministères tels que le Ministère de l’Agriculture et de l’Élevage (MINAE) et le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESUPRES), les institutions publiques et les partenaires techniques et financiers ont été représentés lors de cette session.

Pour comprendre l’importance des résultats d’un tel diagnostic ; il faut revenir sur le potentiel agricole exceptionnel de Madagascar et sur le paradoxe qui l’accompagne.

Madagascar est un pays aux potentialités agricoles impressionnantes, avec près de 8 millions d’hectares de terres arables, une diversité agroécologique unique et 75 à 80 % de la population active sont dans le secteur primaire.

Pourtant, Professeur Radanielina Tendro, Doyen de la Faculté des Sciences à l’Université d'Antananarivo, a exposé que seuls 20 % des terres cultivables sont effectivement exploités, et l’agriculture ne contribue qu’à 25 % du PIB, alors qu’elle mobilise la majorité de la population active.

Ce contraste met en lumière une réalité préoccupante : les producteurs malgaches se sont repliés vers l’Agriculture d’autosubsistance, centrée sur le riz, le maïs, le manioc, l’élevage bovin et la pêche. Dans un contexte marqué par l’insécurité alimentaire aiguë, avec entre 1,2 et 1,64 million de personnes (jusqu’à 18 % de la population évaluée) en situation de crise ou et un taux de malnutrition chronique chez les enfants de près de 39 %, Madagascar fait face à de lourds défis. Cela s’inscrit dans un environnement où les chocs climatiques récurrents (sécheresses, cyclones, inondations) aggravent les récoltes et l’accès à la nourriture, tandis qu’une croissance démographique rapide, projetée pour atteindre environ 53–59 millions d’habitants d’ici 2050, intensifie la demande alimentaire et la pression sur les ressources agricoles du pays.

Face à ce constat, une question s’impose naturellement : comment la recherche agricole peut-elle contribuer à transformer ce potentiel en résultats concrets pour les producteurs et les consommateurs ?


Recherche agricole : entre passion et manque de moyens

À Madagascar, la réalité du terrain est un véritable parcours du combattant ; limitant ainsi les chercheurs, au-delà de leurs déterminations, à faire ressortir le meilleur de leurs compétences.

Le diagnostic mené par le cabinet IDA, mandaté par le FSRP, tire la sonnette d’alarme : pour que l’agriculture progresse durablement, il faut donner à la recherche les moyens de ses ambitions. 5 institutions ont fait l’objet de ce diagnostic : FIFAMANOR, FOFIFA, CFFAMMA, SOC et IMVAVET. Plusieurs défis majeurs se dégagent clairement.

Trois grands enjeux se posent aujourd’hui :

  • Un coup de jeune pour les laboratoires : difficile d’innover avec des bâtiments anciens et des équipements dépassés. Pour préparer l’agriculture de demain, les chercheurs ont besoin d’outils modernes et adaptés

 

  • Assurer la relève scientifique : alors que de nombreux experts approchent de la retraite, la relève reste insuffisamment accompagnée. Sans soutien aux jeunes talents, un savoir précieux risque de se perdre


  • Sortir des laboratoires : comme le souligne Professeur Leong Pock Tsy Jean Michel, Directeur Général du FOFIFA, une recherche n’a de valeur que si ses résultats atteignent réellement les agriculteurs.

Ces défis montrent que le problème n’est pas l’absence de compétences, mais bien la difficulté à créer les conditions favorables à leur expression et à leur valorisation. Les recherches ne parviennent pas à dépasser le cadre du monde scientifique et solliciter un engouement populaire.


Créer un pont entre science et terrain

Ces constats conduisent naturellement à un autre enjeu central : le lien entre la recherche et le terrain.

Pour le Dr Gaudiose Mujawamariya, Représentant résident de l’AfricaRice à Madagascar, la place encore prépondérante des financements extérieurs dans la recherche constitue un enjeu stratégique majeur, pouvant compromettre la stabilité et la portée des actions de recherche à long terme. Pour changer la donne, il est essentiel de construire un réseau solide et durable entre chercheurs, producteurs, secteur privé et partenaires techniques et financiers dans un objectif de rendre la recherche et l’innovation, un levier concret de productivité, de résilience et de développement économique pour les agriculteurs.

 

Si les défis sont nombreux, le diagnostic met également en lumière des atouts majeurs sur lesquels Madagascar peut s’appuyer.

Parmi eux :

  • Les chercheurs compétents, rigoureux et reconnus,

  • Les banques de ressources génétiques précieuses,

  • Les innovations scientifiques essentielles pour faire face aux effets du changement climatique.

Ces forces constituent une base solide. Elles montrent que la transformation de la recherche agricole n’implique pas de repartir de zéro, mais plutôt de mieux valoriser l’existant et de renforcer ce qui fonctionne déjà.

Pour y parvenir, plusieurs axes d’amélioration structurants ont été identifiés :

·         Au niveau de l’État, il est indispensable de formuler une vision stratégique nationale claire pour la transformation de l’agriculture. Cette vision doit s’accompagner d’un engagement financier public durable, de cadres stratégiques cohérents, d’une meilleure coordination interinstitutionnelle, d’une gouvernance renforcée et d’une gestion plus efficace des ressources humaines,

·         Au niveau du projet FSRP, les appuis seront alignés sur les recommandations issues du diagnostic. Le FSRP s’engage également à diffuser largement les résultats du diagnostic auprès de l’ensemble des parties prenantes, afin de favoriser une appropriation collective et une action concertée.

 

 

Le Programme de résilience des systèmes alimentaires (FSRP), financé par la Banque mondiale, s’inscrit pleinement dans cette dynamique de transformation. À travers son partenariat avec les institutions du CGIAR dont AfricaRice, IITA, CIP, ICRISAT, ILRI et CIAT, le FSRP soutient une recherche tournée vers des solutions pratiques, adaptées aux besoins des agriculteurs et des systèmes alimentaires.

Comme le souligne Oliva Rafalimanana, Coordinatrice nationale du FSRP : « Le développement sans recherche nous condamne à répéter les mêmes erreurs. Ce diagnostic est un point de départ pour mieux soutenir les producteurs et renforcer la résilience alimentaire »

Cette approche vise à faire de la recherche un véritable outil de changement, au service des populations, des acteurs économiques et de la sécurité alimentaire.

 

La suite ?

Les résultats du diagnostic n’est pas une fin en soi.   Ils constituent avant tout une base scientifique pour les décideurs avant de passer à l’action, mieux coordonner les efforts et orienter les investissements là où les besoins sont les plus urgents.

En partageant ces résultats avec l’ensemble des acteurs, le FSRP invite l’État, les chercheurs et les partenaires à travailler ensemble pour donner un nouvel élan à la recherche agricole.


L’objectif est ambitieux mais essentiel : transformer la recherche agricole en un véritable moteur de croissance socio-économique et de résilience pour Madagascar.

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